Les artistes / Bruno BREL

Bruno BREL

Bruno BREL

Lui se nomme Brel, Bruno Brel. Le neveu. Pas un qui profite de son blaze pour hanter nos lucarnes télévisuelles, non. D’ailleurs, il n’y passe jamais. Ou si peu. Mais il chante, qui plus est depuis longtemps. Depuis la fin des années soixante où, comme son tonton, il fit ses classes dans un cabaret bruxellois. Avec, dès le début, un répertoire bien à lui. Et une écriture, une vraie, puissante, racée, presque héréditaire. En refusant longtemps de faire le Jacques. Puis, héritage et descendance oblige, en maillant dès 1998 ses propres récitals des chansons de l’oncle disparu.
Connaissez-vous Bruno Brel ? Avez-vous eu cette curiosité d’entendre un autre son d’un autre Brel ? Iriez-vous applaudir quelqu’un qui est Brel sans l’être ?
Peut-être pas plus que nous irions applaudir un autre Ferré, un autre Brassens, un autre Leclerc, tant ils sont uniques.
Reste que Bruno Brel l’est tout autant. Qui plus est d’une force peu commune, d’un talent exceptionnel. Il y a quelques temps de cela, mon ami Serge Féchet l’a invité dans sa petite commune de Viricelles, joli écrin d’une grande chanson. J’y suis allé, je dois dire, plus par politesse que par conviction d’un artiste que je ne connaissais pas. Seulement de nom, c’est dire.
Le choc fut rare. Car c’est Brel qui est là, devant vous. Le Brel, le Bruno, dont on tente alors d’oublier l’ascendance. Certes, il y a l’accent, les intonations qui, parfois, souvent, trahissent. Et de ces titres prélevés à l’héritage, Bruxelles et Amsterdam, Les Vieux, Ces gens-là, Madeleine… Mais il y a la part, bon poids même, du neveu, par ses chansons comme par son art, accompli, qui ne doit rien à personne. Et l’émotion, dont les larmes vous trahiront dès que la salle s’éclairera. Ainsi quand il évoque le génocide rwandais par une chanson presque enfantine : « Et puisque Dieu est sévère / Elle priait même pour Dieu / Et elle jetait des cailloux / Dans La Rivière Bambou. » Quand, en des accents bréliens, il évoque La Terre de Picardie comme d’autres conteraient leur plat pays… Ou quand il se permet cette chanson jamais gravée par l’oncle, Hé ! M’man, affaire de famille et femme trompée : «Et tant pis si les fenêtres jasent / Et tant pis si jasent les bourgeois. »
Brel en scène c’est lui à la guitare et son complice Martial Dancourt aux accordéons. Du sobre, de l’efficace, de l’inaltérable. De l’émotion donc. Et de l’humour, de la dérision aussi, du talent à profusion, tant qu’on se dit que c’est trop pour un seul homme, qu’il pourrait en faire profiter d’autres plus connus que lui. Et une scène totalement habitée. Une leçon pour nous qui sommes parfois entrés à reculons. Leçon qui nous dit que Brel est Brel. Et que Bruno est un de ces grands chanteurs qu’il nous faut connaître.

Article paru en 2010 dans la rubrique Nos Enchanteurs de Michel Kemper (Internet)

 
 

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