Les artistes / Jérémie BOSSONE

Jérémie BOSSONE

Jérémie BOSSONE

Droit devant le micro, fantomatique et éructant, bouillonnant et susurrant des plaintes sombres, Jérémie Bossone n'avait jusqu'à présent que la fougue brute des concerts pour déverser ce trop-plein de mots, cette poésie des confins de l'âme qui est sa marque, entre l'excès du rock et la sagesse brouillonne d'une chanson française aux ciselures classiques. Car comment capter cette stupeur sauvage, ce foisonnement d'images tantôt en creux, tantôt en reliefs surexposés ? Le premier EP sorti en 2011 tentait de graver l'instant de manière brute, captation provisoire autant que désir d'inscrire le fugace sur la durée. Il fallait trouver quelqu'un qui puisse maîtriser l'envolée sans la contraindre, conserver la fureur sans l'endormir. Ian Caple a répondu au défi de Jérémie Bossone et celui-ci savait qu'il trouverait en lui la personne susceptible de traduire son effervescence après que l'ingénieur du son anglais eut déjà mis en boîte les Bashung, Emily Simon, Simple Minds ou Cocoon. « Gloires » est issu de cette rencontre où le mythique réalisateur a vu en Jérémie Bossone la fusion enfin accomplie entre le rock et la chanson, entre la rage de Noir Désir et celle de Brel.
Car il y en eut avant Jérémie Bossone, des impétrants à cette ambition bien française, jamais accomplie totalement et parfois galvaudée. Mais rarement cet espoir n'aura été aussi près de s'accomplir qu'avec un album qui navigue entre un lyrisme sombre (« La Tombe ») ou rageur (« Scarlett »), des envolées d'un romantisme non feint abreuvé de poésie classique (« Les amants de la Seine », un folk magnifié et presque idéalisé (« Galway ») ou un hommage sans courbettes à Barbara (« Göttingen »). Entre tout cela, Jérémie Bossone place une voix qui ne laisse pas indifférent, qui surprend par sa force et son timbre, parfois presque féminin, et qui malgré tout, demeure empreinte d'une gravité très personnelle.

Couvert de prix attribués par la profession (Adami, Centre de la Chanson...), il demeure encore le secret le mieux gardé de la musique française. En cause, une volonté farouche de ne pas s'engluer dans la tiédeur de la conquête d'un public moyen. Jérémie Bossone a la fierté inutile de ceux qui croient qu'ils peuvent faire bouger les lignes, partir à l'assaut des redoutes cadenassées des styles établis. C'est vain comme l'est ce défi dérisoire de l'absolu et d'un romantisme d'autant plus délectable qu'il est désuet. Il n'est d'aucun temps car il emprunte à tous sans succomber à la nécessité de la référence : il fait siens les idéaux esthétiques de chaque époque et les rend au centuple dans sa manière de les lancer à la volée.

Avec Ian Caple aux manettes au studio Carat de Bègles, alors même que le réalisateur ne sort que rarement de son studio anglais, Jérémie Bossone s'est entouré aussi de ceux auxquels il fait confiance et qui n'hésitent pas à entrer dans cet univers dont il est difficile de sortir sans y laisser un peu de soi : Daniel Géa à la guitare (Saez, La Grande Sophie), Benoît Lugué à la basse (Wajdi Mouawad, Bertrand Cantat), Bertrand Noël à la batterie (Edgard de l'Est, Valhère). Premier album après un seul EP (épuisé), « Gloires » est le projet mûrement réfléchi de quelqu'un qui sait où il va et ce qu'il veut, le bout d'une piste et le début d'une route qui sera forcément cahoteuse. On ne marche pas impunément en équilibre entre deux gouffres.

 
 

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